Brève historique

Ce mois-ci, nous avons choisi de vous faire partager un article du journal « L’étoile vendéenne » paru en janvier 1911 à la rubrique « Correspondance ». A l’époque, les échanges entre maires se faisaient par voie de presse !

Les Landes Genusson, à M. le Maire de TIffauges

Monsieur le Maire,

J’ai appris, avec quelque surprise, qu’une personne de la commune des Landes, qui à l’habitude de vendre sa charcuterie à Tiffauges, s’est vu retirer par vous, Monsieur le Maire, le droit qu’à tout citoyen français de vendre où bon lui semble le produit de son industrie.

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De quel droit, Monsieur le Maire, interdisez-vous, à une humble travailleuse, la vente de marchandises contrôlées et vendues aux Landes Genusson.

Seriez-vous devenu subitement disciple d’Hippocrate ?

Vos yeux auraient-ils la propriété des rayons X pour apercevoir les microbes cléricaux sur les fesses charnues d’un porc à l’étal ?

Dans quel officine médicale êtes-vous allé prendre conseil ? Vos hautes études vous donneraient-elles le droit d’affirmer, ex-professo, que le lard enit est plus que le lard cru le véhicule de microbes quelconques ?

Vous êtes le Magistrat ! Le Grand Potentat de Tiffauges, soit. Mais cela vous donne-t-il le droit d’opprimer les petites, les humbles sans défense ?

La République, dont vous êtes un fervent, n’a-t-elle pas décrété pompeusement : « La Liberté ??? Pour tous ? »

Liberté pour le vice de s’étaler sans honte dans les vitrines de nos magasins, dans les bibliothèques de nos gares?

Liberté pour les fraudeurs de tromper sous l’œil et avec la complicité parfois de ceux qui sont payés pour les signaler.

Le vol, la gabegie tout est permis hormis à une pauvre femme de vendre du lard au marché !

Ceci se passe à Tiffauges, Monsieur le Maire, sous l’œil vigilant de Marianne qui promet tant de bonheur et de libertés à ses plus humbles enfants. A votre service, Monsieur le Maire.         LEFOUET.

Dans notre dernier Numéro, notre bonne foi ayant été surprise, nous avions inséré une correspondance mettant en cause l’honorable Maire de Tiffauges. Nous nous empressons de publier aujourd’hui la réponse de M. Le Maire qui mettra les choses au point.

Lettre ouverte à M. Le Fouet des Landes Genusson par le Maire de Tiffauges

Vous signez votre article sous le pseudonyme le Fouet, mais avec surprise je m’aperçois que ce journal paru autrefois à Fontenay, était dirigé par un homme instruit, consciencieux et de talent.

Je vois, Monsieur le Fouet, que vous ne possédez aucune de ces qualités.

Mais revenons à votre article et mettons au point les choses que méchamment vous avez voulu dénaturer.

J’ai empêché cette marchande foraine de vendre sa marchandise pour deux raisons :

La première est que cette dame, assidue au marché de Tiffauges, amenait de la marchandise non timbrée, ensuite une épidémie de fièvre typhoïde sévissait avec vigueur aux Landes Genusson et cette personne habite au milieu des maison contaminées, n’était-ce pas assez, à votre point de vue , pour interdire cette marchandise. Nul plus que moi n’est soucieux de la santé de notre population. J’aurais fait le contraire que j’aurais été blâmé, surtout si un cas de cette maladie s’était déclaré parmi nous.

Pour mes opinions, je ne crois pas utile de les publier dans un journal, mes idées sont assez connues car depuis près de trente ans que je fais partie du Conseil municipal, j’ai toujours dit ce qu’il m’a été possible pour mes concitoyens en respectant les idées de chacun.

Comme instruction, j’avoue que je ne suis pas bachelier, mais je crois en avoir assez pour vous répondre. La vôtre, dont vous paraissez si fier, me semble fin restreinte, car l’œuf que vous venez de pondre est mal venu et aussi véreux que son père, ce qui me fait croire, Monsieur le Fouet, que l’instruction que vous avez reçue vous vient de la charité publique. Le vol, la gabegie, etc., existaient-ils à Tiffauges ou aux Landes Genusson, je l’ignore, n’étant ni gendarme, ni douanier.

Tant qu’aux images dont vous voulez parler, les magasins de Tiffauges ont trop de pudeur et d’honneur pour parer leurs vitrines d’objets obscènes, qui doivent orner votre salon. N’êtes-vous pas le défenseur de la Porc-nographie?

Levez donc, Monsieur le diffamateur, un coin de votre masque pour qu’on puisse y appliquer, non le fouet, mais le manche.

F.J.