TEMOIGNAGE DU FILS D’UN PRISONNIER DE LA 2nde GUERRE MONDIALE

En ce mois de commémoration, nous vous proposons l’extrait d’un texte rédigé par Gaby Defontaine à propos de son père, prisonnier des Allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale.

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« Il nous a toujours été très difficile de savoir ce qu’il s’était réellement passé là-bas, mon père n’en parlait pratiquement jamais avec nous, juste quelques bribes de son histoire de prisonnier. Il est parti faire son service militaire à Poitiers le 4 novembre 1938 à 21 ans et demi puis, sans retour chez lui, est parti aux armées le 12 septembre 1939 avec tout un régiment à Saint Quentin dans l’Aisne. Ensuite, après des jours de marche, dans la campagne et à travers des forêts, et souvent sous la pluie, il a été conduit en train dans des wagons à bestiaux. Les hommes étaient en grand nombre dans ceux-ci, souvent plus d’une cinquantaine, ils ne pouvaient pratiquement pas s’asseoir. Le train ne s’arrêtait que dans quelques gares où on leur distribuait du pain et de l’eau, sans descendre du wagon, et sous la menace de la police allemande. Pour les toilettes, un seau circulait dans le wagon. Il arriva à la gare de Vienne où tous les prisonniers furent conduits au Stalag XVIIA situé à Karsersteinbruch en Basse-Autriche, à 30 km au Sud de Vienne.

Ce camp de prisonniers existait déjà lors de la Première Guerre Mondiale. Mais devant l’afflux important de soldats, les villageois de cette commune, ont été priés de partir. Leurs maisons étaient réquisitionnées par l’armée allemande. En février 1941, il y avait plus de 70 000 prisonniers dans ce camp. Les prisonniers, russes, en majorité, n’étaient pas très bien traités, ils travaillaient dans des carrières à proximité du camp, souvent jusqu’à l’épuisement de leurs forces. Ils dormaient dans des cabanes en bois, sans chauffage l’hiver. A 1 km du camp, il y a un cimetière où reposent plus de 10 000 d’entre eux, enterrés dans des fosses communes. Les français étaient mieux vus : mon père a été affecté dans un domaine maraîcher appartenant à l’Etat Autrichien. Le 1er avril 1945 sous la pression de l’armée Russe qui avançait, le camp de prisonniers a été évacué par l’armée allemande direction Braunau au sud de l’Allemagne. Seuls les plus valides parcoururent le trajet de 420 km à pied, durant 3 semaines avec une journée de repos tous les 7 jours. Les prisonniers étaient surveillés par les soldats allemands. Ils étaient très peu nourris, ils mangeaient dans les villages qu’ils traversaient en quémandant aux habitants un peu de nourriture. Un camp provisoire a été établi à Neukirchen. Lorsque les Américains firent la jonction, alors ce sont les Allemands qui furent prisonniers.

Le 4 mai, ce camp fut officiellement libéré puis eut lieu le recensement, afin de prévoir le rapatriement. Mon père arriva à la gare de Montaigu le 22 mai 1945, après avoir fait le trajet à pied jusqu’au village des Boucheries, il arriva chez ses parents vers 3h du matin. Ce fut une surprise (après 6 ans et demi d’absence), ils ne s’imaginaient plus le voir revenir.